L’Endymion de… Domenichino et Franceschini : les ressources numériques à l’épreuve

L’article Wikipédia sur Endymion, disponible en français gratuitement ici, montre que le mythe représenté par Carrache servit de «modèle à de nombreux artistes des XVIème et XVIIème siècle.». L’auteur cite, pour alléguer sa thèse, les oeuvres du Domenichino au palais Giustiniani à Bassano di Sutri et de Franceschini au palais de la Podestà à Gênes. Au vu de notre difficulté à trouver un contenu suffisant sur le sujet, nous nous proposons ici de vérifier, d’un point de vue critique, la véracité de cette ressource numérique, issue de l’Encyclopédie Wikipédia, dont le contenu fait régulièrement l’objet de controverse.

Tout d’abord, l’article Wikipédia ne cite pas suffisamment ses sources. La difficulté consiste donc à trouver des ressources numériques sur le sujet. Dans les deux cas, le moteur de recherche Google ne suffit pas à nous apporter des ressources numériques exploitables et nous oblige d’une part à nous tourner vers des sites spécialisés, d’autre part à réduire notre recherche aux auteurs de ces oeuvres.

Pour se faire, nous observerons successivement l’oeuvre du Domenichino et celle de Franceschini :

Domenichino, dit également Le Dominiquin en français, ou de son véritable nom Domenico Zampieri (1581-1641), est un peintre italien d’origine bolonaise. Marie-Geneviève de La Coste-Messelière, critique d’art reconnue, dans son article sur l’Encyclopédie Universalis (payant) disponible en français, revient sur la vie de cet artiste. Après un passage chez Calvaert, un peintre flamand établi à Bologne, le Dominiquin travaille chez Ludovic Carrache et participera à l’élaboration de la fresque de la Galerie du Palais Farnèse au côté d’Annibal. «L’art d’Annibal dans la dernière partie de sa vie (…) est ainsi à la source du style que le Dominiquin élabore au début de sa carrière romaine.». L’article de «The Oxford Dictionary of Art and Artists», disponible gratuitement en anglais, précise que ce peintre appartient à une mouvance classique. Il aurait été l’élève favoris d’Annibal Carrache. Ainsi, s’il demeure incertain que Le Dominiquin ait repris strictement l’iconographie de Carrache, il subit, en tant qu’élève, une influence certaine de son style et des procédés utilisés pour la Galerie Farnèse.

La base de données Foto Marburg, dite bildindex, est issue du Centre allemand de documentation en histoire de l’art. Elle propose plusieurs vues téléchargeables gratuitement de l’oeuvre du Dominquin dans la salle de Diane à la Villa Giustiniani et au Palais Odescalchi dans la ville d’Italie centrale de Bassano Romano. Le Dominiquin a effectivement peint un ensemble de fresques reproduisant les différents épisodes de la vie de Diane. L’épisode d’Endymion y est représenté.

Vue du plafond, Salle de Diane, Villa Giustiniani & Palais Odescalchi, Le Dominquin, Fresque,  Bassano Romano. Le mythe d'Endymion apparaît tout en haut de la photographie.

Vue du plafond, Salle de Diane, Villa Giustiniani & Palais Odescalchi, Le Dominquin, Fresque, Bassano Romano.
Le mythe d’Endymion apparaît tout en haut de la photographie.

Voici l’oeuvre vue dans son entier :

 Le Dominquin, Diane et Endymion, Fresque, Salle de Diane, Bassano Romano, Villa Giustiniani & Palais Odescalchi


Le Dominquin, Diane et Endymion, Fresque, Salle de Diane, Bassano Romano, Villa Giustiniani & Palais Odescalchi

En comparant les deux iconographies, celle du Dominiquin et celle de Carrache, on constate une évidente correspondance : Endymion est avachi sur un talus, alors que Diane sortant d’un nuage et coiffée d’un croissant de lune vient l’embrasser. Un chien dort au côté du jeune berger. Certaines différences demeurent, et notamment : les deux puttis, cachés dans les fourrés de l’oeuvre de Carrache ont disparu ; l’axe symétrique sur lequel se tient Endymion est inversé ; les personnages apparaissent plus éloignés du spectateur. L’accent est donc mis sur l’arrivée de Diane, et non sur son étreinte comme le fit Carrache.

Comparaison de deux représentations du mythe "Diane et Endymion" : A gauche :  Le Dominquin, Diane et Endymion, Villa Giustiniani & Palais Odescalchi, Bassano Romano ; à droite : Annibal Carrache, Diane et Endymion, Galerie Farnèse, Rome,

Comparaison de deux représentations du mythe « Diane et Endymion » : à gauche : Le Dominquin, Diane et Endymion, Fresque, Villa Giustiniani & Palais Odescalchi, Bassano Romano ; à droite : Annibal Carrache, Diane et Endymion, Fresque, Rome, Galerie Farnèse,

L’allégation de Wikipédia, si elle est fondée, n’est donc pas suffisamment développée et méritait donc, à défaut d’articles sérieux sur la question, une comparaison plus développée.

Franceschini, de son nom complet Marcantonio Franceschini (1648-1729) est un peintre bolonais, maître dans l’art de peindre des fresques, élève de Carlo Cignani, lui-même élève de l’Albane, selon l’article payant et en anglais de Dwight C. Miller sur Grove art online. L’Albane était un adepte du classicisme, qui se forma à l’école des Carrache. Cela explique cette influence classique qui subsiste chez Franceschini. Ce dernier finit, selon l’article, avec son maître Carlo Cignani, les fresques inachevées d’Augustin Carrache au Palais Giardino, relatant les amours des Dieux Olympiens. A la fin de sa vie, il peint, à l’instar du Dominiquin, un cycle sur Diane, pour le Palais de Stefano Pallavicini à Gênes, aujourd’hui le Palais Podestà. L’influence de Carrache sur cet artiste, si elle demeure, semble plus complexe à établir que dans le cas du Dominiquin. D’autant plus que son «Diane et Endymion» serait une oeuvre plus tardive et donc plus sujette à un recul de l’artiste sur ses influences.

NB : Aucun contenu gratuit en français relatant la biographie du peintre n’est disponible, à l’exception de l’Encyclopédie Wikipédia dans cette très courte ébauche.

Si aucune reproduction de son oeuvre «Diane et Endymion» n’a été trouvée sur l’ensemble des bases d’images disponible, une gravure de Francesco Antonio Meloni (1676-1713) d’après celle-ci est disponible sur l’Artstor. Cette base d’images payante, lancée par la fondation «The Andrew W. Mellon Foundation» en 2001, propose aujourd’hui près 1,5 millions d’images au Etats-Unis, et 1,3 en Europe. Accompagnant systématiquement les oeuvres d’un cartel et d’une présentation, elle offre des images d’une excellente qualité. Cette oeuvre n’est que la reproduction de la fresque de Franceschini, elle a donc pu faire l’objet de modification.

Francesco Antonio Meloni, d'après l'oeuvre de Marcantonio Franceschini, Diane et Endymion, Gravure, Gênes, Palais Podestà

Francesco Antonio Meloni, d’après l’oeuvre de Marcantonio Franceschini, Diane et Endymion, Gravure, Gênes, Palais Podestà

Cependant, force est de constater que de nombreuses concordances avec l’oeuvre de Carrache sont remarquables : dans cette gravure, Diane sur un nuage embrasse Endymion, alors que celui-ci dort accoudé contre une pierre devant un talus, un chien à ses côtés. Un putto derrière Diane intime le silence au spectateur. Certaines nuances subsistent cependant : un seul putto est visible contre deux dans la fresque de Carrache ; de même, celui-ci n’est pas caché dans un talus ; Diane apparait par la gauche et non par la droite ; elle vole vers Endymion et son corps est tout entier visible. Marcantonio Franceschini insiste donc sur le caractère fugace de l’étreinte et sur l’aspect divin de Diane.

Comparaison de deux représentations du mythe "Diane et Endymion" : à gauche, Gravure de Francesco Antonio Meloni, d'après l'oeuvre de Marcantonio Franceschini, Diane et Endymion, Gênes, Palais Podestà ; à droite :  Annibal Carrache, Diane et Endymion, Rome, Galerie Farnèse

Comparaison de deux représentations du mythe « Diane et Endymion » : à gauche, Francesco Antonio Meloni, d’après l’oeuvre de Marcantonio Franceschini, Diane et Endymion, Gravure, Gênes, Palais Podestà ; à droite : Annibal Carrache, Diane et Endymion, Fresque, Rome, Galerie Farnèse

Ainsi, l’article Wikipédia a pu largement orienté notre recherche et se trouve fondé, aussi bien à propos de l’oeuvre du Dominiquin que de celle de Franceschini. Il était toutefois nécessaire d’un point de vue critique de vérifier ces allégations, appuyées sur aucune source numérique fiable. En ce sens, de telles informations doivent être vérifiées, comme nous venons de le faire, du fait de leur manque de rigueur.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :